Quel avenir pour le stockage sur bande ?
>> Par Guillaume Rameaux
Que ce soit au sein du consortium LTO ou pour ses technologies propres, IBM investit lourdement dans la bande. Et alors que les entreprises sont confrontées à une croissance massive de leurs données, les importantes capacités de stockage offertes par les cartouches pourraient bien lui donner raison.
La question est un vrai serpent de mer dans le monde de l'IT. Est-ce la fin du stockage sur bande ? « La bande est loin d'être morte », clame haut et fort Francis Molle, expert Tape chez IBM. Le responsable ne prêche pas simplement pour sa paroisse. Présent chez Big Blue depuis de nombreuses années, il connaît bien les problématiques liées au stockage et à l'évolution des pratiques. « La tendance actuelle est plutôt à la virtualisation et au support disque », admet-il volontiers. « Mais il ne faut pas oublier les méthodes plus classiques et leurs avantages indéniables ».
Malgré la propension de certains constructeurs à vouloir enterrer la bande, cette technologie connaît encore une belle évolution, notamment en termes de capacités. IBM et Fuji Photo travaillent depuis plusieurs années dans un laboratoire commun basé à Zurich. Leurs travaux ont dernièrement abouti au développement d'une cartouche d'une capacité de 35 Téraoctets (To), soit l'équivalent de 35 millions de livres ou 400 km d'étagères. Si une telle cartouche ne sera pas commercialisée avant 5 à 10 ans, elle démontre bien l'activité encore forte autour de cette technologie.
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Une évolutivité constante
Le 9 mai dernier, IBM annonçait une cartouche Jaguar de 4 To avec son nouveau dérouleur TS1140, quand le modèle précédent affichait une capacité de 1 To. « On commercialise des choses 20 fois plus petites que ce qui se fait dans les laboratoires de recherche », résume Francis Molle. La marge de progression est donc encore grande et l'évolution se fait très rapidement. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un œil à la progression du LTO. Cette norme de stockage ouverte, initiée par IBM, HP et Seagate (racheté plus tard par Quantum), a doublé sa capacité à chaque nouvelle génération, depuis le LTO original de 100 Go sorti en 2000, jusqu'au LTO 5 de 1,5 To en 2010. « Dans le domaine du disque aujourd'hui, les capacités de stockage augmentent d'environ 50 % tous les 18 mois. Plus le temps passe et plus il est difficile de doubler leur capacité et ce quel que soit le constructeur », indique le responsable IBM.
Etant donné les besoins croissants en stockage auxquels doivent faire face de nombreux DSI, la bande pourrait tirer son épingle du jeu grâce à cette évolutivité. Celles que l'on nomme désormais les « Big Datas » dans le secteur des médias, de la santé ou de la finance par exemple, vont demander un espace considérable dans les années à venir. Le volume global de données pourrait être multiplié par 50 dans les dix ans à venir. « La croissance du besoin est supérieure à la croissance technologique des disques », insiste-t-il. Quelle solution donc pour une entreprise qui opterait pour le disque ? « Racheter des HDD, des HDD et encore des HDD ». Une stratégie qui présente également des inconvénients en termes énergétiques. Alors que le Green IT est sur toutes les lèvres, les professionnels sont de plus en plus vigilants à leur consommation électrique et aux économies qu'ils peuvent réaliser sur ce point. Ils seront donc particulièrement sensibles à la faible consommation énergétique d'un dérouleur en comparaison de celle des disques, qui nécessitent de l'énergie pour tourner et pour refroidir la salle informatique dans laquelle ils sont entreposés.
Une bandothèque de 192 dérouleurs
Autre source d'économie à prendre en compte, la pérennité du matériel, particulièrement pour les infrastructures des grandes entreprises. « Certains gros clients bancaires conservent leur robot pendant 10 ans. Encore une fois, les dérouleurs peuvent engendrer des dépenses pour être changés mais cela revient bien moins cher que de racheter un disque tous les 4 ans ». La bandothèque TS3500, dernière-née de la gamme IBM, peut associer jusqu'à 16 armoires et ainsi contenir jusqu'à 192 dérouleurs dans une même infrastructure. Sans aller jusque-là, de nombreuses banques françaises ont adopté cette technologie. Un nouveau « shuttle » disponible en France au mois d'août permettra de connecter plusieurs bandothèques TS3500 afin de faire passer des cartouches de l'une à l'autre.
En termes de sécurité des données, ces cartouches peuvent par ailleurs bénéficier de la certification WORM (Write Once Read Many), technique qui rend impossible la suppression d'une information inscrite sur la cartouche. Bien que des solutions logicielles similaires existent, il n'y a aucun équivalent hardware sur disque. Dernier avantage, les cartouches sont aisément transportables. Si aujourd'hui beaucoup d'entreprises effectuent des transferts électroniques entre sites distants, une partie est encore attachée à la bande et n'hésite pas à doubler sa sauvegarde. « Ils peuvent très bien avoir des sauvegardes sur disques et les transférer sur un site distant et dans le même temps conserver les mêmes données sur une bande par précaution ».
À l'heure du choix, la désignation du stockage sur disques ou sur bandes dépendra donc du budget et des besoins de chaque entreprise. Si une société souhaite restaurer une application en une heure au lieu de trois, un système de virtualisation et de déduplication comme IBM ProtecTIER prendra alors tout son sens. À condition d'y mettre le prix. Si les besoins en termes de sauvegarde et de restauration sont plus standards, une solution avec robots, dérouleurs et cartouches sera toujours la moins chère. Et pas forcément la moins efficace.
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