L’accès à l’intelligence artificielle n’est plus le problème. Sa maîtrise, si. Selon l’étude Global AI Confessions Report: CIO Edition 2026, menée par The Harris Poll auprès de 685 DSI dans le monde pour Dataiku, les directions informatiques font face à une prolifération d’agents IA plus rapide que leurs capacités de gouvernance, de mesure et de contrôle
Agents IA : les DSI perdent le contrôle d’une flotte qu’ils ne savent plus piloter
Résultat : 81% des DSI admettent ne plus superviser complètement les agents créés en dehors des systèmes approuvés, tandis que 84% estiment que les collaborateurs produisent des applications et des agents plus vite que l’IT ne peut les encadrer.
Une flotte d’agents hors de contrôle
Le phénomène a changé d’échelle. Pour 67% des DSI, au moins 51 agents IA tournent déjà activement en production dans leur organisation. Pourtant, 83% reconnaissent l’absence d’un cadre standardisé de gestion du cycle de vie de ces agents, et 47% ont déjà dû en désactiver plus de vingt cette année.
Le paradoxe est frappant : 90% des DSI se disent convaincus de suivre l’ensemble des agents déployés, y compris ceux créés hors de la direction informatique. Mais 72% ne parviennent pas à mesurer systématiquement leurs performances opérationnelles et leurs résultats métier, tandis que 60% n’ont pas de couche centrale de gouvernance couvrant l’ensemble de leurs outils et environnements IT.
Autre angle mort majeur : les coûts. Seuls 21% des DSI disposent d’une visibilité complète, en temps quasi réel, sur les dépenses IA ventilées par pôle, équipe ou cas d’usage, avec des mécanismes de suivi ou de refacturation.
« Les systèmes autonomes doivent être pilotés, pas simplement surveillés », résume Florian Douetteau, cofondateur et CEO de Dataiku. « La surveillance permet de savoir si un agent tourne. Le pilotage vous indique s’il convient de continuer à tourner. »
Le ROI reste difficile à démontrer
Faire fonctionner un agent ne prouve pas qu’il crée de la valeur. Seuls 28% des DSI mesurent de façon systématique à la fois la performance opérationnelle et les résultats métier de l’ensemble de leurs agents. Et 76% estiment que leur entreprise manque de capacités matures pour évaluer le ROI de la majorité de ses initiatives IA.
La responsabilité, elle aussi, reste floue. Lorsqu’un agent prend une décision erronée ou préjudiciable, les DSI désignent tantôt des équipes partagées (23%), tantôt l’informatique centrale (21%), les équipes data/IA (20%) ou les fonctions sécurité, risques et conformité (18%). Un flou qui complique la correction des incidents comme l’arbitrage entre innovation et maîtrise des risques.
Décentraliser sans perdre la main
Contrairement à une lecture mécanique, les DSI ne veulent pas tout recentraliser. 91% jugent plus efficace de laisser les équipes métiers créer leurs propres solutions d’IA, à condition que cela se fasse dans un environnement gouverné.
Cette logique s’étend aux modèles sous-jacents. Face au risque d’indisponibilité de certains modèles propriétaires, 75% des DSI prévoient de recourir à davantage de modèles pour assurer la continuité d’activité, et 74% envisagent de s’appuyer davantage sur l’open source. Parallèlement, 80% ont réalisé ou prévoient un audit de leurs dépendances à l’IA.
Une pression personnelle croissante
L’enjeu dépasse largement la technique. 88% des DSI estiment que leur réussite en matière d’IA influencera leur réputation et leur trajectoire professionnelle, tandis que 87% affirment que leur direction générale a clairement lié le maintien de leur poste aux résultats obtenus grâce à l’IA.
La pression vient aussi des conseils d’administration : 97% des DSI déclarent être davantage sollicités pour démontrer un ROI mesurable, et 72% craignent un gel ou une réduction de leur budget IA si les objectifs ne sont pas atteints d’ici fin 2026.
En France, l’exigence de l’explicabilité
En France, la question se double d’une contrainte réglementaire. 72% des DSI français attendent des obligations strictes d’audit ou d’explicabilité de l’IA dans les douze prochains mois. Or, seuls 27% sont certains de pouvoir retracer de bout en bout une décision prise par un agent si un régulateur l’exigeait.
Le déficit est d’autant plus sensible que 97% des DSI français ont dû, au cours des douze derniers mois, justifier une décision prise par l’IA sans pouvoir en expliquer pleinement les raisons. Dans ce contexte, 76% regrettent au moins un choix majeur d’éditeur ou de plateforme d’IA effectué depuis dix-huit mois, et autant envisagent de se tourner vers l’open source pour renforcer leur résilience.
La leçon est claire : l’IA agentique ne se déploie pas comme un simple outil. Elle exige une gouvernance capable de tracer, mesurer, arbitrer, et, si nécessaire, mettre fin à un agent qui ne délivre plus de valeur.
Source : Etude réalisée par The Harris Poll pour Dataiku du 9 au 29 juillet 2026 – 685 directeurs des systèmes d’information (DSI) répartis dans 8 pays : États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Émirats arabes unis, Japon, Corée du Sud et Singapour
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