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IA souveraine : l’Europe avance, mais son interconnexion prend du retard

IA - Par Sabine Terrey - Publié le 14 octobre 2026

86% des entreprises européennes déploient une stratégie d’IA souveraine, selon l’enquête Global Data Insights Survey 2026 de Digital Realty. Mais ce volontarisme se heurte à une faiblesse persistante : l’intégration des données, des clouds et des systèmes d’IA.

IA souveraine : l’Europe avance, mais son interconnexion prend du retard

Les entreprises européennes ont clairement choisi leur cap en matière d’intelligence artificielle : celui du contrôle. Selon les résultats européens de la Global Data Insights Survey 2026 (GDIS) publiés par Digital Realty, les organisations de la région EMEA déploient désormais une stratégie d’IA souveraine, tandis que 51% hébergent déjà leurs données d’entraînement IA en colocation neutre.

Cette orientation traduit une priorité forte : garder la maîtrise des données, des modèles et de leur localisation, dans un contexte européen marqué par les exigences de conformité, de sécurité et de gouvernance. Pourtant, l’étude révèle un paradoxe : la région dispose d’ambitions élevées, mais son socle d’interconnexion reste insuffisamment structuré pour soutenir des charges de travail IA distribuées et temps réel.

Une Europe engagée dans l’IA privée

La souveraineté n’est plus un débat prospectif. En Europe, 33% des décideurs la considèrent comme une exigence stricte, contre 32% au niveau mondial. Cette exigence se retrouve dans les choix d’hébergement : 48% des entreprises européennes exécutent leurs modèles de fondation dans un cloud privé, et 53% font de même pour leurs modèles d’IA sur mesure.

La colocation neutre s’impose également comme un maillon central de cette architecture. Avec 51% des données d’entraînement IA hébergées dans ce type d’environnement, contre 43% en moyenne mondiale, les entreprises européennes privilégient un modèle qui combine densité de calcul, contrôle opérationnel et proximité des données.

Cette trajectoire rejoint les conclusions mondiales de l’enquête, menée auprès de 2 131 décideurs informatiques dans 19 pays.

L’infrastructure, premier frein à l’IA

L’ambition se heurte toutefois à une réalité matérielle. Pour 38% des décideurs informatiques européens, le manque d’infrastructure spécialisée constitue le principal obstacle à leurs projets IA, un niveau proche des 40% observés mondialement.

Le problème ne se limite pas à la capacité de calcul. Il concerne désormais la capacité à faire dialoguer des environnements hétérogènes : cloud public, cloud privé, systèmes sur site, colocation, applications métier et sources de données. Dans une Europe fragmentée entre juridictions, réglementations et opérateurs, cette intégration devient un facteur décisif de réussite.

« Les organisations européennes se montrent tout aussi ambitieuses que leurs homologues mondiales en matière d’IA. Elles vont même plus vite pour garantir la maîtrise de leurs données grâce à des architectures d’IA privées et souveraines. Mais l’ambition seule ne suffira pas à combler l’écart en matière d’interconnexion », résume Paula Cogan, Managing Director, Head of EMEA Region chez Digital Realty.

L’interconnexion, maillon faible européen

C’est précisément sur ce terrain que l’Europe accuse un retard notable. 6% des organisations européennes déclarent ne disposer d’aucune stratégie d’interconnexion intentionnelle, soit une fois et demie la moyenne mondiale de 4%. Seules 5% placent l’interconnexion dynamique à la demande au cœur de leur architecture, contre 10% dans le monde.

Les environnements hybrides restent également moins aboutis. Seules 19% des entreprises européennes déclarent disposer d’une infrastructure hybride totalement intégrée, contre 22% à l’échelle mondiale. Et 36% qualifient leur intégration de limitée, contre 33% au niveau global.

Cette faiblesse a des conséquences directes : 25% des organisations européennes citent déjà le manque de fiabilité de l’interconnexion comme un frein à leur stratégie IA. Or, à mesure que les modèles deviennent plus distribués et que les usages temps réel se généralisent, la latence, la résilience et la sécurité des connexions deviennent aussi stratégiques que la puissance de calcul.

De l’expérimentation à la valeur mesurable

L’autre enseignement de l’enquête concerne le retour sur investissement. Si 41% des entreprises européennes affirment avoir identifié des cas d’usage IA reproductibles et à fort impact (contre 36% dans le monde), seules 14% déclarent obtenir aujourd’hui un ROI mesurable, contre 19% au niveau mondial.

De même, 28% des décideurs européens rapportent des résultats commerciaux mesurables issus de leurs initiatives IA, contre 35% au niveau mondial. L’écart n’exprime pas nécessairement un manque d’ambition, mais plutôt une transition encore inachevée entre pilotes, industrialisation et création de valeur à l’échelle.

Pour accélérer ce passage, les entreprises devront traiter l’interconnexion comme un actif stratégique, et non comme une simple couche réseau. La capacité à connecter de manière sécurisée, dynamique et souveraine les données, les clouds et les infrastructures déterminera probablement quelles organisations transformeront leur investissement IA en avantage concurrentiel durable.

 

Source : 2026 Global Data Insights Survey – 2 131 décideurs informatiques dans 19 pays – 11 secteurs d’activité, dont les services financiers, l’industrie manufacturière, le commerce de gros et de détail, la santé et les produits pharmaceutiques, le voyage, le transport et la logistique, les services aux entreprises et services professionnels, l’énergie et les services collectifs, ainsi que les médias et le divertissement. Echantillon européen de 668 répondants répartis entre la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède, le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni & Irlande.

 

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