L’Union européenne joue un rôle de pionnier en matière de réglementation sur la gouvernance et l’éthique de l’intelligence artificielle (IA), avec pour objectif d’instaurer une IA responsable. Cette approche repose sur des principes de confiance et de centration sur l’humain, en plaçant la sécurité et les droits fondamentaux au cœur des priorités, tout en respectant les exigences juridiques, socio-techniques et éthiques.
Innover de manière responsable et rapide avec l’IA en Europe

Sreekumar Sreedharan, SVP and Service Offering Head, Oracle Practice, Infosys livre son analyse.
La pierre angulaire de cette stratégie est l’AI Act. Il s’agit du principal cadre légal destiné à encadrer le développement et le déploiement des applications d’IA en Europe. Les usages de l’IA y sont classés selon leur niveau de risque, avec des exigences renforcées pour les secteurs sensibles tels que la santé, les transports ou les infrastructures critiques. D’autres textes importants viennent compléter cette régulation, notamment le Digital Services Act (DSA) pour les plateformes et services en ligne (médias sociaux, moteurs de recherche, etc.), ou encore le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
Des partenariats stratégiques pour une IA responsable
Au-delà du cadre législatif, l’UE mise sur la collaboration entre les parties prenantes pour que l’IA bénéficie autant aux entreprises qu’à la société. Depuis 2018, la Commission européenne et les États membres travaillent ensemble dans le cadre d’un Plan coordonné sur l’IA. Ce plan vise à stimuler l’excellence dans l’IA, de la conception à la mise en œuvre, via des investissements accrus, un déploiement accéléré et une harmonisation des politiques sur l’ensemble du territoire. La mise à jour de 2021 a prévu notamment : un partenariat public-privé autour de l’IA, des données et de la robotique ; la création de centres d’excellence pour favoriser les échanges entre experts et industriels ; des plateformes d’expérimentation et de test ; des hubs d’innovation pour tester les solutions avant d’investir ; et un référentiel européen d’algorithmes et d’outils répondant aux besoins des secteurs public et privé.
Un autre exemple est l’Alliance européenne pour les données industrielles, l’Edge computing et le Cloud, qui réunit entreprises, États membres et experts autour du développement des technologies de nouvelle génération, essentielles à l’adoption de l’IA. Ce collectif élabore des feuilles de route stratégiques pour favoriser une informatique sécurisée, interopérable et performante, et réfléchit à des sujets comme la gouvernance du cloud.

Cependant, malgré ces efforts, l’Europe accuse un retard important par rapport aux États-Unis, à la Chine ou au Canada en matière d’investissements en IA. Paradoxalement, le leadership réglementaire de l’UE freine l’adoption de l’IA, créant un écart préoccupant dans une région autrefois à la pointe de l’innovation technologique. Les lancements de modèles comme Gemini (Google), Copilot (Microsoft), Meta AI ou Sora ont été retardés en Europe pour des raisons réglementaires. Bien que la protection des consommateurs et le respect des règles soient essentiels, cette « surrèglementation » freine aujourd’hui l’innovation et la croissance économique, au détriment des entreprises comme des utilisateurs.
Créer les conditions d’une innovation éthique et fluide
Pour favoriser l’adoption de l’IA, il est essentiel que l’UE apporte de la clarté réglementaire, en réduisant les incertitudes liées, par exemple, aux sanctions. Les entreprises, elles, doivent s’engager aux côtés des législateurs pour faire évoluer les politiques, afin qu’elles protègent sans brider l’innovation.
L’exploitation de l’IA au sein des opérations de services (AI-enabled service operations), lorsqu’elle est guidée par des principes éthiques, peut accélérer l’innovation responsable. Cela suppose de protéger la confidentialité des données utilisées pour entraîner les modèles, de détecter et limiter les biais algorithmiques, de rendre les modèles plus transparents et explicables pour les utilisateurs, et de maintenir une supervision humaine sur les décisions critiques.
Lors du déploiement de l’IA, les entreprises européennes doivent accorder une attention particulière à la gouvernance des données : elles doivent s’assurer de leur qualité, de leur diversité, de leur exhaustivité et de leur impartialité. Il convient également d’évaluer l’impact socio-économique des projets sur les clients comme sur les salariés, et de surveiller en continu les systèmes pour prévenir tout biais ou effet indésirable.
Passer du leadership réglementaire au leadership en innovation
La mise en commun des ressources et la définition d’une vision européenne commune de l’IA sont également nécessaires pour stimuler l’innovation. La création d’un marché unique numérique faciliterait la montée en échelle des entreprises technologiques à travers l’UE. Par ailleurs, une mise en œuvre homogène de l’AI Act, en cohérence avec des textes comme le RGPD, permettrait de réduire les redondances réglementaires et d’alléger la charge de conformité pour les organisations.
L’Union européenne a accompli des avancées majeures en matière de régulation de l’IA. Il est temps désormais de faire preuve du même engagement pour son développement responsable et ambitieux.
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