Une étude Veeam pointe une montée des « agents fantômes » (Shadow agents) dans les entreprises de la région EMEA : la majorité des workflows d’IA touchent des données sensibles sans supervision totale, tandis que la pression réglementaire et la responsabilité personnelle des dirigeants crispent les conseils d’administration.
Agents fantômes en EMEA : l’IA s’emballe, les conseils d’administration s’inquiètent
Quand l’IA autonome dépasse la gouvernance
L’accélération des déploiements d’IA en entreprise s’accompagne d’un effet secondaire peu maîtrisé : la prolifération de workflows automatisés qui échappent partiellement au radar des équipes IT. Selon l’enquête, sept organisations sur dix reconnaissent que ces flux interagissent avec des données sensibles sans contrôle exhaustif. Parallèlement, deux tiers des équipes informatiques avouent ne pas parvenir à suivre tous les processus autonomes initiés par les collaborateurs.
Le risque est connu : exposition d’informations critiques, non-conformité, et affaiblissement du socle de données fiable indispensable pour industrialiser l’IA en toute confiance.
Responsabilité des dirigeants : le sujet arrive en conseil
La gouvernance de l’IA n’est plus cantonnée aux directions techniques. Avec des obligations de conformité qui se durcissent en EMEA, notamment l’instauration d’une responsabilité juridique personnelle des dirigeants (C-level) en matière de cyberrésilience, plus de la moitié des organisations déclarent être soumises à de nouvelles lois imposant une reddition de comptes.
Cette évolution pèse sur les équipes dirigeantes : quatre dirigeants sur dix s’inquiètent de leur responsabilité personnelle, près de quatre sur dix signalent un contrôle accru du conseil, et plus d’un tiers se disent plus stressés. Les tensions entre cadres ne sont pas en reste, avec près d’un tiers des répondants qui constatent déjà des conflits internes (un chiffre qui atteint 37% en France). Côté lumière, presque la moitié des personnes estiment que cette responsabilisation pousse les directions à mieux s’aligner sur les priorités.
Allemagne et Royaume-Uni en difficulté, France en mode hybride
La cartographie des risques montre des disparités régionales. En Allemagne, la situation est tendue : une large majorité de dirigeants admet que des flux automatisés accèdent à des données sensibles sans supervision, et que des « workflows parallèles » échappent au suivi IT. Même tendance au Royaume-Uni, où trois quarts des organisations reconnaissent ne pas disposer d’un contrôle adapté sur les agents interagissant avec des données sensibles.
Pour contenir le « Shadow AI », les entreprises EMEA misent sur la souveraineté et l’hybridation : quatre sur dix développent des modèles locaux ou souverains, et près de la moitié adopte une approche hybride (modèles locaux/souverains pour les données sensibles, modèles globaux pour les tâches courantes).
La France se distingue avec un taux d’hybridation légèrement supérieur à la moyenne. À l’inverse, une part significative d’organisations s’appuie encore entièrement sur des fournisseurs mondiaux, signe que le cadre réglementaire européen influence fortement les arbitrages de gouvernance. « Les résultats en France révèlent un paradoxe saisissant : celui d’un décalage entre un taux d’adoption avancé et une gouvernance encore trop faible, créant ainsi un terrain propice aux risques » ajoute Patrick Rohrbasser, Regional Vice President South EMEA. « Les entreprises françaises ont fait le bon choix stratégique avec l’hybride ; elles ont désormais besoin d’un socle de résilience et de visibilité qui transformera cette avance technologique en un véritable avantage compétitif maîtrisé ».
EU AI Act : un cadre salutaire, mais des zones d’ombre
Le règlement européen sur l’IA (EU AI Act) entre progressivement en vigueur, avec des échéances de conformité étalées jusqu’en 2028. Si une très large majorité de dirigeants y voit un impact positif, plus de six sur dix pointent des ambiguïtés susceptibles de créer des risques de non-conformité, et autant craignent des risques opérationnels ou juridiques imprévus. Ces inquiétudes sont plus marquées au Royaume-Uni et en Allemagne.
En France, le réalisme (ou le pessimisme) l’emporte : environ un acteur sur huit estime risquer de ne pas tenir les délais de préparation, contre 9% en moyenne EMEA. La France affiche aussi un niveau élevé de conflits entre cadres dirigeants et éprouve plus de difficultés que la moyenne à isoler rapidement les erreurs d’IA.
« Les dirigeants n’ont jamais eu autant à se préoccuper de la gouvernance des données et des réglementations en matière de cyberrésilience ». Il faut un meilleur alignement qui peut « se traduire par une gouvernance, une visibilité et une protection renforcées des données dans toute l’organisation. » conclut Tim Pfaelzer, General Manager & SVP EMEA, Veeam.
Ce que doivent faire les DSI et les conseils
- Prioriser la sécurisation et la gouvernance des données qui alimentent les agents, plutôt que de tenter de contrôler chaque agent individuellement.
- Clarifier les rôles et responsabilités des dirigeants vis-à-vis de la cyberrésilience et de la conformité.
- Consolider une stratégie hybride maîtrisée : modèles locaux/souverains pour les données sensibles, modèles globaux pour le reste.
- Mettre en place une visibilité unifiée et une traçabilité des workflows automatisés pour limiter les « agents fantômes ».
Source : Etude Veeam & Censuswide – 1 000 décideurs en matière d’informatique, de données et de sécurité d’entreprise – Organisations de plus de 500 employés – Royaume-Uni, Allemagne, France, Moyen-Orient et Afrique (notamment la Turquie, Israël, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya). Entre le 21 et le 27 avril 2026.
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