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Souveraineté numérique : la résilience l’emporte sur l’indépendance totale

Enjeux IT - Par Sabine Terrey - Publié le 08 septembre 2026

Alors que les tensions géopolitiques et les dépendances technologiques s’intensifient, la souveraineté numérique s’impose comme un impératif stratégique. Pourtant, loin de viser une autonomie absolue, les organisations privilégient une approche pragmatique fondée sur la résilience et la maîtrise sélective.

Souveraineté numérique : la résilience l’emporte sur l’indépendance totale

Un sujet désormais au cœur des conseils d’administration

La souveraineté numérique n’est plus un débat technique réservé aux DSI : elle est entrée dans le champ stratégique des conseils d’administration. Selon le dernier rapport du Capgemini Research Institute, « Digital Sovereignty: From Policy Ambition to Executive Imperative », 93% des organisations dans le monde ont déjà abordé la question au plus haut niveau.

Mieux, 44% des entreprises la classent comme une priorité directe pour leur board, et près de huit sur dix mettent en œuvre ou élaborent activement une stratégie dédiée. Un cinquième prévoit de le faire dans l’année. Cette montée en puissance s’explique par une prise de conscience accrue des risques liés aux dépendances technologiques, notamment dans un contexte géopolitique incertain.

Résilience plutôt qu’indépendance absolue

Malgré cette priorité stratégique, l’objectif d’une souveraineté numérique totale est jugé irréaliste par 59% des organisations. Deux tiers d’entre elles définissent désormais la souveraineté comme une « interdépendance résiliente » : il s’agit de garder le contrôle sur les technologies critiques tout en acceptant des partenariats stratégiques et des dépendances maîtrisées.

Cette vision pragmatique est particulièrement marquée en Europe, où 75% des organisations adhèrent à cette définition, contre 50% aux États-Unis. En Asie-Pacifique et en Europe continentale, la souveraineté est avant tout associée à la gestion des risques et au renforcement de la résilience, tandis qu’aux États-Unis, elle reste davantage perçue sous l’angle de la conformité réglementaire.

Des dépendances technologiques qui exposent aux risques

La décennie écoulée a vu s’accélérer la migration vers le cloud, l’adoption de l’IA et la transformation numérique, souvent plus vite que la mise en place de gouvernances adaptées. Résultat : les entreprises dépendent fortement d’un petit nombre de fournisseurs technologiques mondiaux.

L’Indice de souveraineté numérique de Capgemini, basé sur 866 organisations, révèle que 86% d’entre elles présentent une exposition significative à des chaînes d’approvisionnement étrangères ou sous contrôle externe. Plus d’un tiers (36%) indique qu’il leur faudrait plus de douze mois pour se désengager d’un fournisseur critique, et 10% n’ont aucune alternative viable.

Pourtant, seules 42% des organisations ayant subi des interruptions récentes ont mis en place des plans de continuité d’activité. La préparation est nettement plus avancée aux États-Unis (près de deux tiers) qu’en Europe et en Asie-Pacifique (un peu plus d’un tiers).

L’IA, axe stratégique majeur de la souveraineté

Dans leur quête de souveraineté, les organisations placent l’intelligence artificielle en tête de leurs priorités. Trois quarts d’entre elles identifient l’IA comme un axe stratégique majeur, en particulier dans les secteurs critiques comme l’aéronautique, la défense ou les transports.

La résilience opérationnelle face aux tensions géopolitiques constitue le principal moteur de ces initiatives, citée par quatre répondants sur cinq. Plus de trois quarts des organisations se déclarent fortement préoccupées par leur capacité à maintenir leurs opérations critiques dans un contexte incertain.

Une feuille de route pragmatique

« Les organisations évoluent dans des écosystèmes technologiques fortement interconnectés, où une indépendance totale est rarement atteignable. L’enjeu de la souveraineté numérique n’est donc pas de rechercher une autonomie absolue, mais davantage de leur permettre d’avoir une compréhension claire de leurs dépendances technologiques, avec pour objectifs de reprendre le contrôle et de disposer de la flexibilité nécessaire pour gérer les risques » explique Karine Brunet, Directrice mondiale des Opérations et du Delivery chez Capgemini.

Une approche qui permet de définir une feuille de route pragmatique « en tenant compte des enjeux de localisation des données, des contrôles d’accès, des opérations, ainsi que des contraintes réglementaires et technologiques. Le véritable défi consistera à renforcer la résilience sans compromettre la compétitivité, pour continuer à innover et soutenir la croissance sur le long terme. »

Visibilité limitée et coûts : des freins majeurs

Concrétiser ces ambitions reste complexe. Seules 14% des organisations disposent d’une visibilité de bout en bout sur les dépendances au sein de leur écosystème technologique, ce qui rend difficile l’évaluation de leur exposition aux risques.

Autre frein : le coût. Moins de la moitié des organisations se déclarent prêtes à payer un « surcoût de souveraineté numérique » (23% en moyenne), illustrant la difficulté de concilier exigences de souveraineté, maîtrise des coûts et compétitivité. Pourtant, 54% estiment possible de renforcer leur souveraineté sans sacrifier leur compétitivité, à condition d’adopter des stratégies pragmatiques et fondées sur le risque.

 

Source : Etude Capgemini Research Institute – 1 300 cadres dirigeants du monde des affaires et des technologies issus de divers secteurs – Etats-Unis, Royaume-Uni, Europe continentale (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Suède) et dans la région Asie-Pacifique (Australie, Chine, Inde, Japon).

 

Ressources complémentaires sur iTPro.fr

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