Réduire l’empreinte carbone du numérique fait partie de la responsabilité des entreprises qui gèrent des parcs informatiques de toute taille. Pour cela, encore faut-il bien les connaître, prolonger la durée de vie des équipements et éviter les achats inutiles.
De l’inventaire à l’action : l’Asset Management au service d’un Numérique plus responsable
Antoine Perdreau, Responsable partenaires & ingénieur avant-vente chez ISILOG partage son analyse et ses recommandations
En donnant aux organisations une vision précise de leurs actifs et de leur cycle de vie, l’Asset Management transforme les engagements de sobriété en décisions concrètes.
Longtemps perçu comme immatériel, le numérique repose pourtant sur des millions d’équipements, de logiciels et d’infrastructures dont l’impact environnemental est bien réel. Le numérique responsable vise précisément à réduire ces impacts sur l’ensemble du cycle de vie, depuis l’achat jusqu’au réemploi et à la fin de vie.
La réglementation pousse désormais les organisations à structurer leur démarche. Depuis le 1er janvier 2025, les communes de plus de 50 000 habitants doivent avoir défini une stratégie numérique responsable, conformément à la loi REEN. Dans le privé, la CSRD renforce également, pour les entreprises concernées, les exigences de mesure et de publication de leurs impacts environnementaux.
Mais pour agir efficacement, encore faut-il savoir ce que l’on possède, où se trouvent les actifs et dans quel état ils sont. C’est là que l’Asset Management devient une brique essentielle.
La sobriété numérique commence par une connaissance fine du parc
Selon l’Insee, six entreprises françaises sur dix déclaraient déjà, en 2022, prendre en compte l’impact environnemental de leurs équipements ou services numériques lors de leurs achats. Choisir un matériel plus durable représente une première étape. Il faut ensuite pouvoir suivre sa durée d’usage réelle et les différentes étapes de son cycle de vie.
Combien d’ordinateurs l’organisation possède-t-elle ? Où sont-ils affectés ? Quel âge ont-ils ? Sont-ils réellement utilisés ? Quel est leur historique de pannes et de réparations ?
L’Asset Management permet de répondre à ces questions en constituant un inventaire vivant, enrichi par les demandes de matériel, les changements d’affectation, les incidents, la maintenance et les mises au rebut. L’objectif n’est pas de produire une photographie annuelle du parc, mais de disposer d’indicateurs actualisés pour éclairer les décisions.
À ce titre, les lois REEN et CRSD pourraient faire pour la gestion de parc ce que le RGPD a fait pour la cartographie des données : renforcer la nécessité de connaître précisément les ressources détenues, leurs usages et les risques associés.

Antoine Perdreau, Responsable partenaires & ingénieur avant-vente chez ISILOG
Réparer, réaffecter ou remplacer : passer de l’inventaire à l’arbitrage
La responsabilité ne s’arrête pas au reporting. Elle se poursuit dans les décisions prises à chaque étape du cycle de vie. Selon les travaux de l’ADEME, la fabrication représente près des trois quarts de l’empreinte carbone des équipements numériques. Le premier levier de sobriété consiste donc moins à renouveler fréquemment les matériels qu’à prolonger la durée de vie de ceux qui peuvent encore être utilisés.
L’âge d’un équipement ne suffit toutefois pas à décider de son avenir. Son historique d’incidents et de maintenance, issu notamment des processus ITSM, permet d’évaluer sa fiabilité réelle. Un modèle présentant un taux de panne anormal pourra être remplacé, tandis qu’un ordinateur arrivé en fin de garantie, mais toujours fonctionnel, pourra être réparé ou affecté à une fonction moins critique.
Le coût d’achat, les dépenses de maintenance, la consommation énergétique et la valeur comptable permettent ainsi d’arbitrer entre trois options : réparer, réaffecter ou remplacer. Ces données facilitent aussi le recours au reconditionné, encore loin d’être généralisé : en 2022, seules 22 % des entreprises françaises déclaraient en acheter, selon l’Insee.
Cette gestion doit se poursuivre jusqu’à la sortie définitive du parc. Avant qu’un ordinateur ou un support de stockage ne soit revendu, recyclé ou détruit, l’organisation doit garantir que les données personnelles ou sensibles ont été effacées. La gestion responsable des équipements rejoint alors directement les enjeux de cybersécurité et de protection des données.
Faire de la sobriété une politique de gestion globale et rentable
Le numérique responsable est encore parfois présenté comme une contrainte ou une source de coûts. Une gestion rigoureuse des actifs montre au contraire que performance économique et environnementale peuvent avancer ensemble.
Un inventaire fiable permet d’identifier les ordinateurs oubliés dans un stock, les licences inutilisées ou les outils achetés en double. Il limite également le Shadow IT, lorsque des collaborateurs utilisent des équipements ou des logiciels non autorisés faute de connaître les ressources disponibles.
Prolonger la durée de vie d’un ordinateur, réaffecter un équipement ou supprimer une licence dormante évite à la fois un nouvel achat et l’impact environnemental associé. La sobriété devient ainsi une politique de bonne gestion.
Encore faut-il dépasser les silos. La DSI gère le parc informatique, les achats suivent les contrats, la direction RSE consolide les indicateurs et les services généraux administrent les autres équipements. Lorsque chacun travaille avec ses propres données, personne ne dispose d’une vision complète.
L’enjeu est donc autant organisationnel que technologique. En partageant un référentiel commun entre la DSI, les achats, la RSE et les services généraux, les organisations peuvent étendre ces pratiques au-delà du seul matériel informatique. L’Enterprise Asset Management permet ainsi d’intégrer équipements techniques, mobilier, véhicules et bâtiments dans une gouvernance globale.
L’Asset Management ne rend pas, à lui seul, le numérique responsable. Mais il fournit la connaissance, les processus et les preuves sans lesquels les engagements restent théoriques.
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