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La blockchain en pratique 

Data - Par iTPro.fr - Publié le 25 octobre 2017

Quand vous entendez « blockchain », peut-être vous dîtes-vous « un excellent buzz marketing certes, mais pour la mise en pratique sur le terrain on attend toujours ». Découvrons un sujet porteur : la blockchain en pratique , un carnet d’entretien digital à destination des constructeurs automobiles

La blockchain en pratique 

Pourtant, les domaines d’application et opportunités que représente cette technologie pour les entreprises ne manquent pas.

Depuis le 1er janvier 2017, SQLI participe sein de l’Institut de Recherche Technologique (IRT) SystemX à la réalisation concrète d’applications basées sur la blockchain et à destination des entreprises, et ce en étroite collaboration avec des partenaires industriels prestigieux (EDF, PSA, COVEA, La Poste, Docapost, H-LOG, Bull-ATOS, IDIT).  Le projet, baptisé BST pour « Blockchain for Smart Transactions », doit durer quatre ans.

Cet article rend compte de la première preuve de concept (POC) à être arrivée à son terme, le carnet d’entretien décentralisé à destination des constructeurs automobiles. Retour sur ce projet avec Hugo Levard, Data Scientist, SQLI.

1 - Quel enjeu appelle la blockchain ?

Sachez-le, la fraude au kilométrage concerne 15% à 20% des ventes de véhicules d’occasion. Principalement en cause, la difficulté de suivre de façon fiable l’historique du kilométrage desdits véhicules au cours de leur vie, difficulté accentuée lorsqu’ils sortent du consortium des constructeurs et changent de propriétaires. Pour cette même raison, peuvent se retrouver sur la route des véhicules qui légalement n’auraient pas le droit de rouler car ayant été ou devant être déclarés comme épave. Le problème pour l’acheteur potentiel d’un véhicule d’occasion est donc celui de la confiance : « je suis intéressé par tel véhicule, mais comment puis-je croire le kilométrage que l’on m’annonce ». Quel enjeu de fait pour le fabriquant, que de pouvoir certifier les relevés kilométriques sur toute la durée de leur vie ! Cela représente de plus un formidable gain d’informations sur le vieillissement de ses différents modèles.

La blockchain se réduit justement en substance à un registre infalsifiable de transactions. Trouver le moyen d’y stocker un historique du kilométrage propre à chaque véhicule, en s’assurant du respect de certaines contraintes élémentaires en matière de confidentialité, c’est résoudre ce problème de la confiance sur le marché d’occasion. La digitalisation du carnet d’entretien sur la blockchain est une solution. Formellement, ce POC (Proof Of Concept) devait répondre à doit répondre à trois problématiques :

- Limiter le problème de fraude en traçant et certifiant le kilométrage dans la Blockchain

- Limiter le problème d’épaves roulantes en traçant les déclarations et gestion de sinistres dans la Blockchain

- Augmenter la visibilité des constructeurs sur leurs véhicules en traçant les opérations de maintenance en dehors du réseau concessionnaire

2 - Quelle technologie blockchain pour quels besoins ?

Les carnets d’entretien sont présents dans la blockchain sous forme de smart contracts, un par véhicule. Ces contrats autonomes permettent d’effectuer des tâches telles que stocker et retourner des informations, et leur accès peut être restreint. Y est tenu un historique des interventions et des relevés kilométriques, alimenté par de simples transactions, soit automatiquement – la voiture envoie elle-même l’information à intervalle de temps ou de distance parcourue régulier - soit manuellement - le client inscrit lui-même un kilométrage sur la blockchain, juste avant de poster une annonce de mise en vente par exemple.

Enfin, les propriétaires, acheteurs, garagistes et autres acteurs de la blockchain non-membres du consortium accèdent tous à la même blockchain via une interface client fourni par les constructeurs.

3 - Droit d’accès au carnet d’entretien : les contraintes d’un vrai cas d’usage

Une bonne fois pour toutes, un service basé sur une blockchain n’a aucun sens si cette dernière n’est supportée que par une seule entreprise – car alors rien ne vaut une bonne vieille solution centralisée. L’intérêt réside au contraire dans la réunion au sein d’un consortium de partenaires parfois concurrents qui, parce qu’ils alimentent un registre commun, se retrouvent dans une relation gagnant-gagnant.

Ici, tous les constructeurs automobiles font face au même enjeu de réduction de la fraude, et plus le consortium sera large, plus la perte de visibilité sur les véhicules sera réduite.

Faire travailler des concurrents ensemble induit une contrainte majeure de confidentialité, qui en substance se résume en ceci :

« En tant que constructeur, je veux qu’un garagiste dépendant de l’un de mes concurrents puisse faire une remontée de kilométrage sur le carnet d’entretien de la voiture d’un de mes clients, et je conçois que ce dernier puisse donner accès en lecture à son carnet d’entretien pour le bon déroulement d’une révision, mais je ne souhaite pas pour autant que, ayant accès à un historique commun de transactions - la blockchain – ce concurrent puisse éplucher les carnets d’entretien de tous mes véhicules. »

Des contraintes similaires existent pour chacun des acteurs, et il est important de les avoir en tête pour réaliser tous les obstacles que l’étude de ce cas d’usage a permis de lever :

* Pour le propriétaire : « je veux pouvoir inscrire moi-même le kilométrage actuel de ma voiture sur mon carnet d’entretien, et pouvoir publier une offre de vente en ligne avec un tampon numérique ‘certifié-blockchain’. Par ailleurs je suis d’accord pour que l’ancien propriétaire continue à avoir accès à l’historique de ses entretiens, mais ne souhaite pas qu’il puisse avoir accès à tout ce qui est postérieur à la vente. »

* Pour un acheteur potentiel de véhicule d’occasion : « je souhaite avoir accès au carnet d’entretien d’un véhicule mis en vente, en lecture seule pour une durée limitée, le temps de parcourir le carnet d’entretien et l’historique des réparations ».

* Pour les constructeurs : « je souhaite avoir accès à tout le carnet, en lecture et en écriture, quel que soit le propriétaire, si ce dernier est d’accord. Ce sera alors la voiture qui d’elle-même enverra automatiquement son kilométrage dans la blockchain. Par contre, je ne souhaite pas qu’un autre constructeur membre du consortium puisse lire le contenu des carnets d’entretien de mes véhicules, car il pourrait mener des études de vieillissement de mon parc automobile que j’ai intérêt à me réserver. »

* Pour les garagistes : « je souhaite avoir accès au carnet d’entretien, en lecture et en écriture avec l’accord du propriétaire, pour une durée limitée, le temps de la réparation. »

La clef choisie - le terme est à propos - pour lever toutes ces contraintes d’un coup est l’utilisation d’une double encryption : les données des transactions sont brouillées avec une clef elle-même cryptée grâce à la clef privée du propriétaire, au sens blockchain du terme. Ainsi, par exemple, un ancien propriétaire pourra accéder aux informations relatives à ce qui le concernait du temps où il possédait la voiture, puisqu’il possède encore la clef de lecture et que les informations stockées dans la blockchain ne sont jamais modifiées, mais pas à l’historique plus récent, car sa clef (privée) ne lui permet pas d’accéder à la clef de déchiffrement des nouvelles données.

4 - Voir la blockchain pour la démystifier

Il est une certitude pour quiconque suit la blockchain sur le terrain : les innombrables conférences et articles de vulgarisation disponibles en ligne n’ont pas suffi à en diffuser une image tangible. Une technologie blockchain particulière est souvent décrite en la comparant aux autres technologies, mais les fondamentaux manquent – au bout d’un moment, si j’affiche un bloc ou une transaction sur mon écran, à quoi cela ressemble-t-il ?! Dans l’univers de la blockchain où les informations apparaissent rarement en clair mais souvent hachées sous une forme hexadécimale, il n’est pas évident de s’y retrouver.

En investissant ses compétences en data science au sein du projet, SQLI a permis de rendre intelligible le contenu de la blockchain, et d’en extraire des informations de première importance quant à son futur usage en production et aux enjeux de gouvernance de la blockchain par les membres du consortium.

Le dashboard final, à destination des membres du consortium, se compose de deux volets indépendants.

* Le premier, dit « générique », affiche des informations sur les éléments clefs de la blockchain en tant que support technologique (contenu des transactions, liste des comptes, mineurs, …) et valable quel que soit le cas d’usage. D’un point de vue administration système, les indicateurs permettent de suivre l’état de santé de la blockchain, en surveillant par exemple la distribution du temps de validation des derniers blocs, ou le nombre d’adresses actives. Les informations affichées sont bien sûr les mêmes pour tous les partenaires. D’un point de gouvernance, il est possible de mesurer l’apport de tous les membres du consortium en termes de validation des blocs, donc en ressources informatiques et financières déployées, ainsi que leur taux d’usage des carnets d’entretien : en somme, le rapport entre ce que chacun coûte au service et ce qu’il y investit, et ce uniquement à partir des données de la blockchain – sans triche possible donc.

* Le deuxième volet est orienté métier, et expose des indicateurs spécifiques au cas d’usage – ici sur le contenu des carnets d’entretien. Contrairement au volet générique, il est spécifique à chaque partenaire, et ne donne accès qu’aux seules informations qui le concernent, c’est-à-dire en fait seulement les informations qu’il peut décrypter et afficher en clair : PSA par exemple n’a accès qu’au seul contenu des carnets d’entretien qu’il a lui-même déployés, pas à ceux déployés par les autres constructeurs.

La transparence contrôlée à la base de toute application consortium de la blockchain

Cette preuve de concept a confirmé qu’il était possible de respecter l’esprit de transparence de la blockchain pour en préserver les intérêts, tout en la contrôlant pour prévenir les fuites d’informations confidentielles dans le cadre d’un consortium d’entreprises.

Ce travail a bénéficié d'une aide de l’Etat au titre du programme d’Investissements d’avenir dans le cadre de l’Institut de Recherche Technologique SystemX. 

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