En France, les déserts médicaux s’imposent comme l’un des défis majeurs du système de santé. Dans ces territoires, le plus souvent ruraux, l’accès aux soins reste limité et la consultation d’un médecin généraliste demeure trop rare, avec moins de 2,5 consultations annuelles en moyenne par habitant.
Hôpitaux virtuels : renforcer le système de santé français grâce au numérique
Venky Ananth, EVP et Global Head of Healthcare, Infosys partage son analyse.
Cette situation s’explique principalement par une pénurie de professionnels de santé, en particulier de médecins généralistes, due notamment aux départs à la retraite sans remplacement et à une préférence des jeunes médecins pour les postes en milieu urbain. Cette désertification médicale exerce une pression croissante sur le système de santé national et nuit à la santé des communautés concernées. Entrent ainsi dans l’équation les technologies numériques afin d’atténuer ce problème de long terme.
Les plateformes numériques facilitent l’accès aux soins en permettant aux patients des zones sous-dotées de consulter des médecins à distance via la télémédecine. Des services comme Doctolib, Qare ou Livi permettent de consulter des médecins certifiés par visioconférence sécurisée. Lorsqu’elles sont intégrées à l’Assurance Maladie, ces téléconsultations peuvent en outre être prises en charge.
Les hôpitaux virtuels proposent une large gamme de services de santé, allant des consultations de routine à des soins spécialisés mobilisant des équipes médicales pluridisciplinaires. Ils peuvent délivrer des services dignes d’un hôpital directement au domicile des patients, notamment des thérapies intraveineuses, des évaluations quotidiennes et la gestion des traitements. Grâce aux objets connectés et aux applications mobiles, les patients bénéficient d’un accès continu aux infirmiers et aux médecins.
Améliorer la prise en charge
Les bénéfices du numérique en santé ne se limitent pas aux zones rurales : ils améliorent également la prise en charge dans les zones urbaines bien dotées :
- Coordination et partage d’informations facilités
Mon Espace Santé, le service public numérique de santé, offre à chaque citoyen un espace personnel et sécurisé pour stocker, gérer et partager ses données de santé, ordonnances, résultats d’examens, antécédents médicaux, etc. Cela contribue à réduire les examens redondants et à améliorer la coordination entre les différents acteurs de soins. L’intelligence artificielle et les outils numériques peuvent automatiser des tâches administratives telles que la gestion des patients, des prescriptions ou des cabinets, libérant ainsi du temps pour que les praticiens se concentrent sur les soins.
- Surveillance des patients et personnalisation des traitements
Les applications de santé et les objets connectés permettent aux patients de devenir acteurs de leur santé et de la gérer de manière proactive. L’IA et l’analytique avancée peuvent exploiter des données issues de multiples sources, dont le Système National des Données de Santé (SNDS), afin de produire des insights individuels et collectifs utiles à la recherche médicale, à l’innovation, à la médecine préventive et aux traitements personnalisés.
- Qualité des soins améliorée à tous les niveaux
En assurant une surveillance à distance et des soins à domicile, les hôpitaux virtuels réduisent le risque de réhospitalisation et de séjours prolongés, tout en générant des économies de coûts et de ressources. Dans les déserts médicaux, ils offrent un accès essentiel aux soins pour des populations insuffisamment couvertes. Ils peuvent également avoir un impact significatif ailleurs en connectant patients et soignants à des spécialistes du monde entier pour des cas rares ou complexes. La surveillance continue permet par ailleurs une prise en charge proactive des patients atteints de maladies chroniques ou des personnes âgées, qui, selon plusieurs études, préfèrent le suivi à domicile à l’hospitalisation.
Renforcer le système face aux enjeux
Les technologies numériques peuvent impulser une transformation profonde du système de santé français, déjà sous pression en raison du vieillissement de la population, de la hausse des maladies chroniques et du manque de coordination entre les acteurs de soins, aggravés par une pénurie de médecins et de personnels soignants.
Les plateformes numériques, la télémédecine et les hôpitaux virtuels permettent de déployer les services à grande échelle, de favoriser la collaboration et d’optimiser les ressources existantes. Par exemple, l’IA peut automatiser le pré-triage afin d’orienter les patients avant leur arrivée aux urgences, tandis que la messagerie instantanée permet aux personnes souffrant de troubles bénins d’obtenir une assistance en ligne, évitant ainsi des passages inutiles à l’hôpital.
Les agents conversationnels et chatbots assistent déjà les professionnels de la santé mentale en collectant des données patient, niveau d’activité physique, fréquence cardiaque, sommeil, etc., nécessaires au suivi clinique. Une application comme Kanopee, dédiée à la gestion du stress, de l’anxiété et des troubles du sommeil, a déjà été téléchargée par plus de 60 000 utilisateurs en France. La prochaine étape consiste à exploiter l’informatique affective afin de rendre les interactions entre patients et IA plus personnalisées, empathiques et humaines.
La télémédecine, qui s’est révélée précieuse pendant la pandémie, continue de bénéficier au système de santé en réorganisant les parcours de soins et en mutualisant les connaissances médicales. En 2021 seulement, les médecins généralistes français ont réalisé environ 9,4 millions de téléconsultations (selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).
Les établissements de santé peuvent également optimiser leurs opérations grâce à des bornes en libre-service pour l’enregistrement et le paiement. Ils peuvent recourir aux jumeaux numériques pour simuler virtuellement de nouvelles idées et tester leur impact sur la performance avant un déploiement réel.
Un défi majeur demeure toutefois : le manque d’intégration des données entre les différents écosystèmes de santé. Le système de santé français peut y répondre en développant des infrastructures numériques interopérables, en simplifiant les protocoles de partage d’information et en mettant en place des systèmes intégrés de gestion des données. Grâce à une digitalisation accrue, le système de santé français, déjà largement reconnu, peut devenir encore plus solide à l’avenir.
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