Nos systèmes d’informations sont de plus en plus performants. Mais nous réalisons petit à petit que ces gains de productivité vont de pair avec deux risques croissants.
Reprendre le contrôle de son SI : la clé d’un numérique à la fois souverain et responsable
D’un côté, la dépendance aux grands fournisseurs technologiques. De l’autre, un numérique toujours plus consommateur de ressources. Dans les deux cas, la question est la même : celle de la maîtrise de son SI. Martin Dargent, fondateur d’EasyVirt partage son analyse sur le sujet de la reprise du contrôle de son SI.
La dépendance aux grands éditeurs internationaux, notamment américains, s’est installée progressivement dans nos organisations. Grâce à leur performance et à leur simplicité d’usage, nous avons eu tendance à oublier que cette dépendance comportait des risques majeurs, notamment en termes de coûts.
Le cas de l’hyperviseur VMware en est une illustration concrète. Les récentes évolutions tarifaires imposées par le géant Broadcom ont contraint de nombreuses organisations à revoir en urgence leur stratégie. Un exemple parmi d’autres, qui montre que lorsqu’on ne contrôle plus son système d’information, on subit les décisions des autres.
Ces risques liés à cette perte d’autonomie s’appliquent également dans une dimension environnementale. Derrière les promesses d’innovation, l’essor de l’intelligence artificielle entraîne une explosion des besoins en calcul, en stockage et en énergie, avec un impact direct sur les data centers et leur empreinte carbone. À cela s’ajoute la fabrication des équipements (serveurs, puces, infrastructures), fortement consommatrice de matières premières et génératrice d’émissions. Cette montée en puissance pose enfin une question stratégique, car ces infrastructures sont majoritairement opérées par des acteurs non européens.
Ainsi, souveraineté et numérique responsable convergent autour d’une même exigence : reprendre le contrôle.
La maîtrise du SI comme impératif stratégique
Face à ces risques croissants, un même levier stratégique s’impose : celui de la maîtrise de son système d’information. Plus que jamais, les organisations doivent gagner en visibilité. Savoir précisément ce qu’elles possèdent, ce qu’elles utilisent réellement et s’il s’agit d’infrastructures critiques ou non.
Car la dépendance technologique va souvent de pair avec le gaspillage. Un pilotage aveugle de son système d’information peut amener à des infrastructures surdimensionnées avec des ressources inutilisées ou des applications qui tournent en continu sans réelle nécessité.
En plus d’un coût financier non négligeable, chaque ressource inutilement consommée (stockage, calcul, énergie) se traduit directement en émissions de CO₂ et en pression accrue sur des ressources déjà contraintes.

Martin Dargent, fondateur d’EasyVirt
Optimiser, c’est reprendre le contrôle
A l’inverse, une organisation qui maîtrise son système d’information peut décider librement d’optimiser ses ressources et donc de réduire ses coûts et son impact environnemental. Elle retrouve une liberté stratégique en gardant toutes les cartes en main pour agir sur son SI.
L’optimisation des infrastructures numériques est souvent perçue comme un sujet technique alors qu’elle est profondément stratégique. En éliminant le superflu, on passe d’un modèle d’accumulation, où l’on ajoute sans cesse de nouvelles ressources, à un modèle de maîtrise.
Et dans un contexte de tension sur les ressources, qu’elles soient économiques, énergétiques ou humaines, cette approche devient indispensable. Bien plus qu’une option, la frugalité devient une condition de robustesse. Faire mieux avec moins, c’est aussi être capable de résister aux chocs, de s’adapter, de prioriser.
Un enjeu collectif et éthique
Cette convergence entre souveraineté numérique et numérique responsable doit impliquer l’ensemble des acteurs de notre écosystème. D’abord, les directions générales, qui définissent les orientations stratégiques puis les DSI, qui doivent intégrer ces enjeux dans leurs décisions. Les acteurs publics, ensuite, qui peuvent orienter le marché via la réglementation et les appels d’offres. Il y a aussi les éditeurs, qui doivent proposer des alternatives crédibles et compétitives. Enfin, les utilisateurs eux-mêmes, qui doivent accepter d’évoluer dans leurs usages et leurs habitudes.
Repenser la souveraineté, c’est aussi remettre l’éthique au centre du jeu. Travailler avec des acteurs français ou européens, c’est privilégier des environnements plus transparents, plus durables, et des relations inscrites dans le temps. Il s’agit de soutenir un tissu économique, des compétences et des emplois. Dans ce sens, faire le choix de solutions souveraines revient bien souvent à faire le choix d’un numérique plus responsable.
Heureusement, une prise de conscience émerge face au contexte géopolitique récent. Il reste désormais à passer à l’action, collectivement, en commençant par regarder en face son système d’information et son rapport aux ressources.
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